BILAN DE LA SITUATION EN LIBYE
Description complète
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à trouver le chemin de la démocratie et de l’Etat de droit. Le pays a hérité du lourd héritage politique de l’ancien régime, marqué par la désintégration de la structure de l’Etat et par un secteur de la sécurité hybride. Cela n’est pas sans conséquence sur le processus d’instauration de solides institutions nationales et sur la stabilisation du pays. Kadhafi, en faisant le vide autour de lui, a légué un Etat déstructuré, sans aucune expérience ni culture politique, rendant ainsi l’alternance politique quasi‐impossible.
La sécurité s’est considérablement détériorée ces trois dernières années, marquée par des vagues d’assassinats ciblés, des enlèvements et des affrontements fréquents entre milices rivales. Le pays est désormais plongé dans un chaos sécuritaire doublé d’un chaos institutionnel et est en passe de franchir le point de non‐retour. L’été 2014 a marqué le début de violents affrontements à Tripoli, entre d’une part la coalition de milices l’Aube de la Libye (Fajr Libya) et d’autre part les miliciens de la ville de Zentan et leurs alliés, forçant la mission des Nations Unies et les ambassades à évacuer leur personnel expatrié.
Les gouvernements de transition successifs ont échoué à réformer le secteur de la sécurité et à asseoir leur autorité sur les « brigades révolutionnaires ». Les groupes armés, officialisés pour combler le vide sécuritaire qui a suivi la chute du régime, en ont profité pour prendre leurs quartiers dans les institutions publiques du pays, faisant dominer le statu quo. De nombreuses brigades, formées pendant ou après la révolution, ont reçu une autorisation d’exercer par les différentes entités politiques (Conseil national de transition, Congrès général national, bureau du Premier ministre) et sécuritaires de l’Etat (ministère de l’Intérieur, ministère de la Défense et le Chef d’Etat‐ Major des armées). En revanche, la loyauté des brigades sous‐traitées vis‐à‐vis de l’Etat, laissait à désirer, répondant plutôt à leur propre chaîne de commandement et servant les intérêts de leur ville ou de leur région.
Les milices, actrices de l’anarchie, et qui règnent en Libye, ont profité de la faiblesse des autorités centrales du pays, pour s’organiser et centraliser un arsenal militaire digne d’une armée. C’est le cas notamment des villes de Zentan et de Misrata, dont les conseils militaires locaux ont continué à fonctionner et à posséder des armes lourdes. La ville côtière de Misrata, quant à elle, possède
d’importantes installations de stockage et de maintenance qui font d’elle une ville surarmée.
Le chaos sécuritaire s’est récemment doublé d’une crise institutionnelle majeure. Depuis le mois de septembre, la Libye possède deux gouvernements et deux groupes armés qui se déchirent le pouvoir. La Chambre des représentants, élue en juin dernier et son gouvernement, qui bénéficient de la reconnaissance de la communauté internationale, ont été contraints de se retirer dans la ville côtière de Tobrouk, à l’Est du pays, à quelques kilomètres de la frontière égyptienne. Tandis qu’à l’Ouest du pays, dans la capitale Tripoli, siège de l’ancien Parlement, le Congrès général national (CGN), qui a repris ses fonctions et a formé un gouvernement parallèle. La Libye se retrouve dès lors avec deux Parlements et deux gouvernements. Le gouvernement installé à Tripoli, baptisé « gouvernement de salut national », est soutenu par une coalition de milices, que l’on nomme « Fajr Libya » (Aube de la Libye), qui a saisi la capitale Tripoli lors de violents affrontements en juillet dernier. Le gouvernement de Tobrouk, quant à lui, a adopté « Opération Dignité » (Amaliyat Al Karama) du Général à la retraite Khalifa Haftar1.
Le 6 novembre 2014, la Cour suprême de Libye annule le 7ème amendement de la Déclaration constitutionnelle provisoire, qui avait conduit à l ‘élection de La Chambre des représentants. Le Parlement fraîchement élu a refusé de se soumettre au verdict de la Cour suprême dont le siège est à Tripoli, affirmant que cette décision avait été prise sous la menace des armes des miliciens de Fajr. Les deux camps, gouvernements et Parlements concurrents, continuent de se disputer la légitimité politique malgré les appels au dialogue.
Dans cette confusion, quelques institutions parviennent à rester indépendantes de toute rivalité, telle que l’Assemblée constituante dont le siège est à Al Bayda, la Compagnie Pétrolière Nationale, et dans une certaine mesure, la Banque centrale libyenne et la Cour suprême.
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